15/04/2010

Cousins oui, mais frères, pas sûr.

En entrevue aux Francs-tireurs, Gilbert Rozon évoque sa rencontre avec Charles Trenet qui un jour lui a dit ceci:

"Les Québécois, vous pouvez être acceptés, mais vous ne serez jamais admis par les Français."

Gilbert Rozon, qui vit à Paris depuis un certain nombre d'années nous dit ensuite qu'il se sent toujours folklorique auprès de nos cousins.

Quelques-unes des personnes que je fréquente en ce moment n'ont tout simplement aucune retenue quand vient le temps de rire bruyamment de mon accent. Bon, les cons, faut les pardonner. Ceux qui ont eu une éducation décente savent canaliser leur étonnement face mon vocabulaire en taquineries...répétées. Une chose qui m'a fasciné c'est quand on m'a dit que c'était nous qui avait un accent alors qu'eux parle un français normal. S'cusez, vous avez bien dit normal. Ça n'existe pas un accent normal. Difficile de ne pas voir un peu d'aveuglement chauviniste là-dedans.

On ne peut nier qu'une réelle fraternité existe entre les deux peuples. Dès qu'on s'ouvre la bouche, c'est automatiquement le "Québécois?" et un sourire chalheureux. Reste que le feeling dont parle Rozon ne s'effacera jamais vraiment. Il y a sûrement un peu de susceptibilité du Québécois-désireux-de-se faire-valider-par-son-grand-frère-cool. En d'autres mots, un complexe d'infériorité. C'est comme toutes les relations: chacun y est pour quelque chose.

13/04/2010

Qui remplacera Michel Chartrand?


En entrevue à Paul Arcand:

-PA: Diriez-vous que les compagnies pétrolières c'est pire que l'industrie pharmaceutique?
-MC: Ben non c'est pas pire que l'industrie pharmaceutique parce que l'industrie pharmaceutique c'est des besoins que t'as besoin pour te guérir.


10/04/2010

Une pièce de théâtre d'école basée sur Scarface? Why not?




"Everything was better back when everything was worse"

Retour sur mon post "Médecin ou pompier?".

D'abord Barry Schwartz est mon nouveau gourou. Je vous supplie d'écouter la vidéo sur son essai. Jamais vingt minutes n'auront autant changé votre vision du monde. Bon peut-être pas...

Selon Schwartz, la surabondance de choix ne fait pas que compliquer nos décisions au supermarché et au restaurant -ce que je baptiserais humblement "l'angoisse du menu". Elle est une des causes de l'explosion de dépressions et de suicides dans les dernières années! Je suis autant troublé que convaincu par cette idée.

Aussi, je trouve brillante son utilisation des concepts d'économie dans son analyse. L' Optimum de Pareto par exemple.

Par la suite, si vous voulez savoir pourquoi on en est arrivé à une telle surabondance de choix, Malcolm Gladwell disserte sur la sauce à spaghetti. Une fois de plus, passionant.

Allez! Lâchez votre Playstation, votre compte Facebook ou Call-TV. C'est le temps de s'ouvrir l'esprit un peu.

08/04/2010

Faire de l'alchimie au quotidien

Je déteste la marche. C'est trop lent pour franchir la distance séparant A et B. Ça donne l'impression que B est en fait Z. Tellement de technologies nous permettent d'aller plus vite: un skateboard, un vélo, un Maglev. Je comprends encore moins le concept de "prendre une marche". Délibérément perdre du temps à ne rien faire en avançant lentement sans destination précise. Telle serait ma définition de cette activité ennuyante.

Les plaisirs sont souvent inespérés. Tantôt, j'ai décidé de transformer le plomb en or. Les interminables minutes de marche qui me séparaient de mon chez moi me déprimaient alors que je n'avais même pas réglé l'addition. Puis j'ai pensé à mon père qui dévore ses livres en marchant sur la plage en vacance. Pourquoi ne pas l'imiter? Je n'avais qu'à éviter les rues passantes pour pouvoir lire en paix sans jamais décoller les yeux de mon livre. Ce que j'ai fait. Les vingt minutes de souffrance vive se sont transformées en quarante-cinq minutes de bonheur total.

À chaque coin de rue son paragraphe, à chaque rue son chapitre. Chacune des marches des escaliers que j'ai montés et descendus a été foulée tour à tour par mes deux pieds. J'étirais au possible le temps qui m'était alloué par la lumière pour traverser la rue. Le tout a culminé devant ma porte d'entrée avec la finale renversante de mon roman.

Changement de sujet. J'ai scruté ma pile de livre bien garnie en rentrant. Ça fait deux ans que je suis impatient de lire Cultural Code du psychanalyste-imposteur. Je pense que je vais le laisser accumuler encore un peu de poussière. Vous irez lire ce que le toujours très pertinent Steve Proulx en dit.

07/04/2010

Médecin ou pompier?

Disons que j'ai besoin de jeans. Je porte le même modèle de chez Gap depuis les dix dernières années. Bleu pâle, coupe anonyme, deux jambes, une fermeture éclair. Mes goûts modestes font de moi un extraterrestre en matière de tendances-pantalons. Nous sommes en 2010 et le nombre de modèle de jeans a maintenant atteint les dix chiffres. Moi je me croyais heureux avec mon modèle périmé. Mais le vendeur hyperactif au micro à l'oreille me fait découvrir des nouvelles teintes, une coupe mieux ajustée et un tissu plus confortable. J'achète le modèle suprême.

Je reviens deux ans plus tard, espérant trouver mon modèle pour remplacer ma vieille paire.

"Monsieur, ça fait déjà huit saisons qu'on les fait plus ceux-là."

Déception. Je dois m'en trouver des nouveaux. Mes exigences sont maintenant plus élevées. Non seulement j'ai connu le jeans suprême, mais je sais ce que c'est trouver mieux. Le voilà le piège.

C'est un des exemples dont se sert Barry Schwartz pour illustrer son propos dans son nouvel essai, The Paradox of Choice: Why More is Less. La thèse, grossièrement résumée, est la suivante: la liberté de choisir que nous offre nos sociétés nous fait plus de mal que de bien. Le capitalisme y est pour beaucoup. Sans lui, comment en serait-on arrivé à des supermarchés qui nous offrent autant de marque de yogourt qu'il y a d'étoiles dans la Voie lactée. Deux de mes scènes fétiches expriment à merveille cette absurdité: Adam Sandler qui fait son marché dans Punch-Drunk Love, et Jeremy Renner (le personnage principal) au supermarché en permission dans The Hurt Locker. À force de se faire offrir mieux, plus gros, plus fort, plus meilleur, on peut en perdre la tête. Où est la fin? D'ailleurs, on l'entend souvent cette question-là à propos du capitalisme par les temps qui courent.

La vie est malheureusement -ou heureusement, à vous de choisir- faite de choix plus déchirants que de trancher entre Activia-Extrême ou Minigo-Atomique. Genre, faut choisir entre acteur, médecin ou pompier si on veut payer l'hypothèque. C'est là que ça peut réveiller l'angoissé en vous.

Parfois, je me dis que j'aurais aimé être né sur une ferme laitière en 1832. Mon destin aurait été inscrit en gras dans mon ADN: j'aurais été le successeur de mon père fermier. Produire le meilleur lait qui soit aurait été mon quotidien. Peut-être envisager une participation à la compétition biennale du meilleur fromage du comté avec un peu d'audace. Bon l'exemple est un peu radical. Je suis très heureux d'avoir la possibilité d'échapper à un chemin tracé d'avance. Juste en écrivant ça, je me sens coupable en pensant aux millions d'enfants qui n'ont pas ma chance. Et leurs parents qui se battent pour qu'ils aient les choix qui me sont offerts.

N'en reste pas moins qu'il y a une part de mirage dans le fait de penser que plus de choix mène nécessairement à la félicité. Il est absolument certain qu'on doive se réjouir de l'abondance que nous offre la société occidentale. N'est-ce pas ce que tout le monde souhaite, choisir ce qu'il y'a de mieux pour soi? Trouver sa voie, sa vocation, ou...le jeans ultime. Mais ça ne veut pas dire que ce choix est gratuit. On paye tout le temps.